Bienvenue !
03/08/2009
Vous aimez lire, écrire, découvrir de nouveaux auteurs et surtout partager vos impressions ...
Alors passez la porte de ce nouvel espace, créé pour vous, par les adhérents du club littérature d'Orléans.
Ici vous trouverez :
- Nos Plumes : coups de cœur ou coups de griffe qui ne demandent qu'à être partagés, étayés, réfutés.
- Nos Séances d'écritures : extraits de textes confectionnés autour du plaisir de lire et de dire.
- Nos Rencontres : photos, vidéos et impressions partagées avec des écrivains, des éditeurs, des directeurs de collections, des comédiens etc.
- Dernières envolées : notre point de vue sur les dernières parutions.
Dans l'attente du plaisir de vous lire !
JAUNE
06/01/2010
Par Marie-Claude V.
Le trait JAUNE coupe la toile noire
Je m'y plonge toute entière
Je nage dans ce liquide chaud
Sur mes lèvres se colle sa pâte crémeuse
Ce jaune mord dans mon enfance
Pâte molle sortie du jour toute jaune
Si pressantes d'un vent sucré
Mains tendres tendues vers moi
J'habite ce jaune toute entière.
Par Anne T.
Le JAUNE est lumière dans une pluie d'Eté qui s'éternise
Une jupe jaune passe, ondule et tourne sous le regard rieur du peintre
La jupe papillonne et « citronne » devant son sourire
Il dit « tu es soleil » et il prend ses pinceaux
Et il se poste devant la toile pâle de blancheur avec sa palette et ses peintures au parfums acidulés
Et il plonge dans le jaune
Et il voyage dans les jaunes
La jupe jaune tourne, ondule et passe.
Atelier d'écriture du 21 novembre 2009
(nosplumes)
Rouge
06/01/2010
Par Isabelle H.
"ROUGE", couleur des âmes rebelles, des cœurs insatisfaits et des convictions tranchées.
"Rouge", comme le refus de la monotonie, de la grisaille et de la convention.
"Rouge", couleur qui dit "j'existe !".
"Rouge", comme le camaïeu de couleur d'une corbeille de fruits. Fraises et cerises, vous êtes les petites madeleines de mon enfance. Framboises, vous égayez mes déserts d'un petit coulis. Pommes, brillantes et appétissantes comme celle de Blanche Neige, comment vous résister ? Cassis et mûres, je ne vous déteste pas en apéritif.
"Rouge", comme les couleurs de la nature : feuille d'automne, coucher de soleil flamboyant ou beauté toute simple d'un coquelicot.
"Rouge", comme le velours des habits que revêtent les puissants de monde.
"Rouge" sang qui donne la vie, qui donne la mort.
Enfin "Rouge" comme la couleur que prend mon visage alors que je vous lis ce texte à haute voix !
Par Denise M.
Peut-on imaginer ce que cette couleur a véhiculé au cours des années.
Dès l'origine du monde, elle est connue dans les couchers de soleil ou les champs de coquelicots. Elle a désunit ou rassemblé, par le sang versé, le bonnet phrygien, la croix rouge. Selon les drapeaux où elle figure, elle est porteuse de différents symboles.
Des fleuves sont devenus rouge sang par la folie des hommes, des rouges moins vifs sont entrés dans la mode.
Rouge, éternelle couleur qui éclabousse les écrans quand l'hémoglobine doit couler, ou les carrefours et les marchés après un attentat.
Rouges, les as de cœur et de carreau, rouges, certains sentiers de randonnée.
Rouges, les visages gonflés par la colère.
Rouge, couleur omniprésente, souvent agressive mais si belle quand une pivoine, folle de son
corps comme elles le sont toutes, nous offre sa fleur épanouie.
Atelier d'écriture du 21 novembre 2009
(nosplumes)
"Au pays des Ombres" de Gilbert Gallerne
06/01/2010
Le point de vue de Véronique A.
Le dernier roman de Gilbert Gallerne, prix du Quai des Orfèvres. Un roman à emporter en vacances absolument !
Si vous aimez les policiers façon Fred Vargas, vous allez être déçu. Pas d'histoire très savamment composée, pas d'intrigue tortueuse, un récit simple mais boulversant.
Boulversant car très, trop réaliste, que l'on croirait directement sorti des archives de la Police Judiciaire. Vincent Brémont, l'un de ses officiers, élève seul sa fille depuis le décès de sa femme un an auparavant. Le suicide, un abandon invraisemblable selon lui. Alors qu'il glisse lentement dans la déchéance, un inconnu est tué devant la porte de sa maison de vacances.
Le drame, anodin en apparence seulement, va le conduire à de nombreuses remises en cause personnelles au pays des ombres, les ombres que l'on porte au fond de nous.
Un seul bémol : un style neutre plus proche du journalisme que du roman.
"Au pays des Ombres" de Gilbert Gallerne
Edition Fayard
(dernieresenvolees)
"L'échappée belle" de Anna Gavalda : offrez-vous une récréation !
14/11/2009
Repéré par Véronique A.
Offrez-vous une récréation !
Entre 2 romans, prenez un instant pour lire, relire cette nouvelle d'Anna Gavalda. Sorti des premières écritures, ce petit ouvrage à la couverture resplendissante de couleurs est une nouvelle recomposée par l'auteur récemment.
De quoi réconcilier les lecteurs déçus de « La Consolante », retrouver le style et la fraîcheur des premières nouvelles de « Je voudrais que quelqu'un m'attende quelque part ».
En une journée, le portrait de la famille tout entière est mis en scène, quelques gouttes de vitriol pour ceux qui ne sont pas du clan, le thème du divorce toujours en arrière plan. Le récit propose un regard un peu, non très parisien sur la province, une petite caricature. Tous les ingrédients sont réunis, alors « un air de famille » ?
Le mot de l'éditeur
Simon, Garance et Lola, trois frères et sœurs devenus grands (vieux ?), s'enfuient d'un mariage de famille qui s'annonce particulièrement éprouvant pour aller rejoindre Vincent, le petit dernier, devenu guide saisonnier dans un château perdu au fin fond de la campagne tourangelle. Oubliant pour quelques heures marmaille, conjoint, divorce, soucis et mondanités, ils vont s'offrir une dernière vraie belle journée d'enfance volée à leur vie d'adulte.
"L'échappée belle" d'Anna Gavalda (Le dilettante)
(dernieresenvolees)
"L'homme qui m'aimait tout bas" d'Eric Fottorino
31/10/2009
Ils ont aimé
C'est un livre d'une grande finesse avec ce côté touchant d'explications et d'amour. Impossible d'attendre le lendemain pour continuer de savoir. On rentre dans le sujet, on se projette avec joie dans la lecture. Père et fils peuvent s'aimer sans condition, les liens du sang existent bien sûr, mais aussi l'amour des êtres. Quel plaisir de lire ce livre.
Jacqueline B.
"Calme bloc ici bas cher d'un désastre obscur". L'auteur scrute le vide, la béance provoqués par le coup de carabine que son père s'est infligé. Il voudrait "tout élucider" et reconstruire. Il échoue admirablement !
Jean-Christophe T.
Elle n'a pas aimé
Le sujet est assez commun puisqu'il a été traité par bien d'autres. Le deuil d'un père, l'absence, comment vivre après ? Ce qui diffère est que ce père est le père adoptif d'Eric F.. c'est d'autant plus important que celui-ci a dès le début adoré ce père, cette installation d'un cocon familial, l'avenir qui prend forme, ce mentor auprès de lui si présent. Alors, comment comprendre, accepter que ce père qui l'a élevé, si bon vivant, si humain, se soit suicidé sans qu'aucun n'ait pu l'imaginer, à 76 ans. L'auteur essaie de comprendre les raisons qui l'ont poussé à cet acte et sans arriver à cerner la vérité.
Le style est bon, mais peut-être trop "lamentatif". Eric F. revient un peu trop sur le passé en se remettant en scène, et aussi il souligne un peu trop ce qu'il va devenir sans lui. C'est beau mais cela ne m'a pas ému. Ayant lu "Korsakov" il y a quelques années, j'ai été plutôt déçu. Ce n'est pas abouti, annalysé comme il faudrait.
Nelly C.
Le mot de l'éditeur
Mon père s'est tué d'une balle dans la bouche le 11 mars 2008. Il avait soixante-dix ans passés. J'ai calculé qu'il m'avait adopté trente-huit ans plus tôt, un jour enneigé de février 1970. Toutes ces années, nous nous sommes aimés jusque dans nos différences. Il m'a donné son nom, m'a transmis sa joie de vivre, ses histoires de soleil, beaucoup de sa force et aussi une longue nostalgie de sa Tunisie natale. En exerçant son métier de kinésithérapeute, il travaillait «à l'ancienne», ne s'exprimait qu'avec les mains, au besoin par le regard. Il était courageux, volontaire, mais secret : il préféra toujours le silence aux paroles, y compris à l'instant ultime où s'affirma sa liberté, sans explication. «Ce sont les mots qu'ils n'ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil», écrivit un jour Montherlant. Mais il me laissa quand même mes mots à moi, son fils vivant, et ces quelques pages pour lui dire combien je reste encore avec lui.
Extraits
La première phrase
Le 11 mars 2008 en fin de journée, dans un quartier nord de La Rochelle, mon père s'est tué d'un coup de carabine.
Morceau choisi
Les jours de course, il était aux petits soin. S'il me laissait tout de même lacer mes souliers cambrés de torero, il se chargeait de préparer mon vélo, envoyait des kilos d'air dans les boyaux avec une pompe à manomètre dont il écrasait vigoureusement la poignée de bois jusqu'à voir l'aiguille toucher le chiffre 7.
L'homme qui m'aimait tout bas de Eric Fottorino (Gallimard)
(nosplumes)
"Jan Karski" de Yannick Haenel
31/10/2009
Elles ont aimé
L'originalité du livre tient à sa structure. La première partie reprend des paroles de Jan Karski dans le film Shoah de Claude Lanzmann. La deuxième partie est un résumé de son livre, histoire d'un état secret, que Jan Karski écrivit en 1944. la troisième partie est une fiction dans laquelle l'auteur imagine ce que ressent Jan Karski, décrit sa révolte et son incompréhension.
On aurait pu se dire "encore un livre sur la déportation et les horreurs perpétrés par les nazis". Mais, plus qu'un témoignage sur l'extermination des juifs, ce livre est un livre de désespoir. Celui d'un homme qui n'est pas entendu et qui se bat contre la surdité et la passivité des alliés. Il est lui même devenu le message qu'il devait transmettre, son message est lancinant. En lisant ce livre, on voudrait pousser un cri de révolte contre les politiques qui avaient choisi de ne pas l'entendre. Un livre réussit qui ne peut laisser indifférent.
Josiane G.
Encore un énième ouvrage sur le génocide juif ? je ne crois pas vraiment, de par la manière dont le sujet est traité : ici trois parties (annoncées en note dès le début)
- - Jean Karski témoigne dans Shoah de Claude Lanzmann
- - Un résumé de l'autobiographie de Karski
- - Une fiction: Jean Karski tel que l'auteur se le représente, plus vrai que le vrai tellement ce récit est dense et intense. Les tourments vécus par ce messager qui n'arrive pas à se faire entendre.
La situation est connue maintenant. Les alliés connaissaient le sort fait aux juifs par les nazis, tout particulièrement en Pologne d'ailleurs où leur extermination était systématique (rafles, camps de concentration ...). Pourtant en dépit des appels à l'aide de la résistance juive, ils n'ont pas alerté le monde sur cet aspect de l'idéologie nazie. Leur objectif affiché est resté militaire : vaincre l'Allemagne. La question posée à travers ce livre est cruciale : comment se faire entendre quand il s'agit de droits de l'homme et pourquoi est-ce possible de ne pas arriver à ce faire entendre ?
Monique V.
Mot de l'éditeur
Varsovie, 1942. La Pologne est dévastée par les nazis et les Soviétiques. Jan Karski est un messager de la Résistance polonaise auprès du gouvernement en exil à Londres. Il rencontre deux hommes qui le font entrer clandestinement dans le ghetto, afin qu'il dise aux Alliés ce qu'il a vu, et qu'il les prévienne que les Juifs d'Europe sont en train d'être exterminés.
Jan Karski traverse l'Europe en guerre, alerte les Anglais, et rencontre le président Roosevelt en Amérique.
Trente-cinq ans plus tard, il raconte sa mission de l'époque dans Shoah, le grand film de Claude Lanzmann.
Mais pourquoi les Alliés ont-ils laissé faire l'extermination des Juifs d'Europe ?
Ce livre, avec les moyens du documentaire, puis de la fiction, raconte la vie de cet aventurier qui fut aussi un Juste.
Extraits
la première phrase
C'est dans Shoah de Claude Lanzmann.
Morceau choisi
Ce que j'ai appris alors au cours de nos rencontres dans cette maison, écrit Jan Karski, et plus tard, quand je fus amené à constater les faits par moi-même, était horrible, au-delà de toute expression. selon lui, jamais rien de comparable ne s'était produit dans l'histoire de l'humanité.
Jan Karski de Yannick Haenel (Gallimard)
(nosplumes)
"La vérité sur Marie" de Jean-Philippe Toussaint
29/10/2009
Le coup de coeur de Anne Lise S.
Ce roman est paradoxalement succinct dans l'argument et dense émotionnellement. Une écriture fine, ciselée, un style "à la française" soit classique, très précis, très adjectivée. C'est un roman d'amour nourri de flash-back, dont le narrateur, un homme, jeune, est éperdument épris d'une jeune femme, Marie, qu'il retrouve en divers lieux du monde : Paris, le Japon, l'île d'Elbe. Il y a aussi plusieurs chassés-croisés entre cette Marie, le narrateur, et un autre personnage, Jean-Christophe, dont l'une des principales activités est celle de propriétaire de chevaux de course. L'épisode, assez long, il est vrai, de l'étalon rétif en fuite dans l'aéroport de Tokyo est remarquable de beauté, de sensualité, de force. Le final est flamboyant, au sens propre. C'est l'été, nous sommes à l'île d'Elbe et un feu destructeur se déclare, symbolique aussi de la passion mutuelle du narrateur et de Marie. Très joli roman.
de Nathalie T.
Un roman divisé en trois partie très différentes quant à l'ambiance, si ce n'est la permanence des éléments naturels déchainés, dont la violence contraste avec des paysages d'une grande sensualité. Les personnages restent assez énigmatiques, mais le style m'a vraiment séduite. Une qualité d'écriture remarquable !
Le mot de l'éditeur
L'orage, la nuit, le vent, la pluie, le feu, les éclairs, le sexe et la mort. Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble. La Vérité sur Marie n'est pas à proprement parler une suite, mais un prolongement de Faire l'amour (2002) et de Fuir (prix Médicis 2005).
Extraits
La première phrase
Plus tard, en repensant aux heures sombres de cette nuit caniculaire, je me suis rendu compte que nous avions fait l'amour au même moment, Marie et moi, mais pas ensemble.
Morceau choisi
Alors Jean-Christophe de G. s'avança vers lui, seul, les mains nues. le cheval ne bougeait pas et le regardait venir. Jean-Christophe de G. avançait vers lui sous la pluie en élégant manteau sombre, les mains vides, sans rien pour le maîtriser, ni corde, ni longe, ni courroie, rien pour le capturer, le contenir ou l'atttacher. Calme, disait-il, calme, Zahir, calme, répétait-il à voix basse. Il n'était plus qu'à quelques mètres de lui, il se dégageait encore du cheval des ondes sulfureuses, une énergie incontrôlable d'animal épouvanté.
"La vérité sur Marie" de Jean-Philippe Toussaint (Minuit)
(nosplumes)
Quand j'étais petite ...
21/10/2009
Par Marie-Claude
Quand j'étais petite, je partais acheter en courant les cigarettes de mon grand père, la paume serrée sur les pièces de monnaie. A mon retour, je savais les mots qu'il dirait, mots que je suçais comme des bonbons sur la route du retour « garde la monnaie ».
D'un coup, je devenais riche de mille désirs : un petit journal plein d'images ou ces rouleaux de réglisse. Qu'est-ce qui durerait le plus longtemps ?
Quand j'étais petite, je courais sur le sable, je courais surtout après les petites bêtes noires. Je les connaissais bien. Je les appréciais, puisque, quand ma mère tournait la tête, je les croquais. J'aimais entendre les cris horrifiés de ma mère, découvrant ce que je faisais mais j'y retournais.
Quand j'étais petite, je croyais qu'avec la fin de l'année, arrivait la fin du monde. Je partais, fière de cette information, la clamer chez chaque commerçant et leur réclamer des bonbons qui resteraient sur leur étal, puisque le lendemain, tout finissait. J'avais, à la fin de la journée, récolté toute une provision pour me permettre de passer une nuit à m'empiffrer, juste avant ma disparition.
Je ferme les yeux. Le soleil éclaire tous les recoins, la lumière inonde même ces fils d'Ariane tissés au coin de mon plafond !
J'essaie, dans cette contrée inhospitalière, de retrouver cette chaleur. Le fil conducteur existe à travers d'autres passeurs.
Cette table ronde, c'est le jour qui réchauffe mes mains.
(seancesdecritures)
Pèse-personne récalcitrant
21/10/2009
Par Denise
Elle est folle !
Au saut du lit, elle me monte dessus ; aucune autre expression ne me vient à l'esprit.
Elle déjeune, fait sa toilette et la revoilà, sans compter les autres moments où elle a d'autres motifs d'avoir quelques grammes en moins dans la journée.
Elle me soupçonne de ne pas fonctionner. Plusieurs fois dans l'année, elle change ma pile, elle met des chaussures ou prend le chat dans ses bras, voire quelque chose de plus lourd, pour vérifier que je n'exagère pas.
Vous comprenez qu'avec de tels échanges, l'un de nous deux devait craquer.
Ce fût elle !
Hier, au comble de l'exaspération, alors que j'étais une fois encore de bonne foi, elle m'a asséné un coup de pied rageur, puis pris un marteau et m'a frappé de plus en plus fort.
Et me voilà, dans une poubelle commune, même pas une de tri sélectif, avec ma pile pendante, mon aiguille qui bloblote, mais la mémoire intacte.
Perfide peut être, mais vainqueur, oui !
Par Marie
C'est Samedi. Odette le sait, c'est aujourd'hui que le combat va avoir lieu. Ce sera court mais intense. Elle attend le moment avec une impatience angoissée. Va-t-elle décrocher la victoire, prendre le dessus sur son terrible adversaire ?
Il faut y aller maintenant. Odette se met en tenue : moins elle porte de vêtements, plus elle a de chances de sortir victorieuse.
Elle prend son courage à deux mains, respire profondément, rentre un peu le ventre, se grandit... finalement, rien n'y fait, le pèse personne a raison d'elle et de ses carrés de chocolat nocturnes engloutis en cachette.
Le duel avait plutôt commencé à son avantage : l'aiguille était montée tout doucement, gravissant les kilos comme à son habitude mais elle avait semblé se stabiliser. Fausse joie : guilleret et pernicieux, le petit bâtonnet rouge avait repris sa tragique ascension.
N'y tenant plus, Odette avait administré à son adversaire des coups de balai dont la violence était à la hauteur de sa déception.
L'ennemi étant désormais déclaré KO, Odette repartit directement à la cuisine, noyer son désespoir dans un grand chocolat chaud bien sucré.
(seancesdecritures)
L'Acrostiche
21/10/2009
Dors sans que s'échappe ce ronronnement.
Oh ! ma tête se brise sur ce sifflement.
Retourne toi volontairement,
Epuisée, énervée, ballottements,
Mon souffle se calque sur le tien.
Images floues survenant bien
Foutaises que ce désir de plonger comme une bête
Arbitraire, difficile de commander à sa tête
Sa musique s'apaise
Oh ! je deviens toute glaise
Loin de toutes braises.
Marie-Claude, sur "do, ré, mi, fa, sol"
A toi,
Délicieuse enfant qui toujours
Eparpille dans mes nuits
Les pensées les plus tendres et aimantes
Et me les reprend au réveil, me laissant seul et démuni.
Même si tu me dis qu'
Aujourd'hui tout est fini,
Rien n'a changé pour moi :
Il y a toujours le son de ta voix
Et le temps et le printemps.
Marie, sur "Adèle" et "Marie"
Maintenant que la vie s'est arrêtée
Alors, on peut le vide laisser
Mais la présence se lit
A chaque instant de la vie.
Non, tout n'est pas fini.
Christiane, sur "Maman"
Ne m'oublieras-tu pas ?
Iras-tu à ta ma rencontre ?
Chaque semaine au téléphone,
Oh, quelle joie de t'entendre.
Là-bas, je t'imagine
Arpentant ta chambre, parlant,
Soucieux de mon écoute.
M'amèneras-tu les enfants
Au début des vacances ?
Ravie de recevoir
Ceux qui me sont si chers.
Francine, sur "Nicolas" et "Marc"
Vient le souffle piquant de l'hiver
Alors que tu découvres le jour
Nouveau pour toi, mon petit chaton
Innocent de cette morte saison
Lentement, tu découvres l'au-dehors
Loin de la protection douillette de ta maman
Emerveillée de cet horizon et des possibilités qui s'ouvrent à toi.
Véronique, sur "Vanille"
A cause du gel,
Une feuille est tombée.
Toutes les autres vont suivre.
Où vont-elles finir ?
Mais au sol, pour le tapisser.
Nous allons les fouler
Et trouver cela agréable.
Hélas, il est là.
Incontournable.
Vous l'aimez ou non
Et dame nature le subit.
Rien ne peut se renouveler sans lui.
Denise, sur "Automne" et "Hiver"
Loukoum, ma grosse baleine, tu es drôle.
Autour de toi, tu fais rire, sourire et vivre.
Beaucoup te trouve trop imposante
Au milieu de l'océan mais aussi dans les dîners mondains.
Laisses-les dire !
Entre nous, rien de tout cela, alors...
Interdit de faire grise mine ce soir,
Nature ou en sauce, c'est comme ça que je t'aime.
Entre nous, tout peut se dire et se comprendre.
Nellie, sur "La baleine"
Faim : quand j'y vais, je me gâte, na !
Non au bruit, oui à la musique
Ah, si tu n'existais pas,
C'est sûr, j'en serai mélancolique.
FNAC, c'est mieux qu'un snack !
Non aux dérives solitaires
Amusons-nous lors de rencontres littéraires
Cultivons-nous à tous les racks.
Formons-nous pour et sans passer le Bac
Nettoyons-nous l'âme.
Accrochons-nous aux anagrammes
Curiosités en tout genre, emportons dans un sac.
Et « viva la FNAC » !
Bérengère, sur "FNAC"
(seancesdecritures)
Post scriptum par Denise M.
17/10/2009
PS. N'oublie pas que nous devons nous retrouver Lundi pour aller au théâtre.
Essaie de te libérer plus tôt et viens me chercher, sinon, 20 heures à l'entrée, sans faute.
Tombe la cravate, on ne s'habille plus comme autrefois pour aller au théâtre, mais prend les jumelles, je ne sais plus où nous sommes placés.
Nous aurons ainsi un souvenir de plus à partager.
Je t'embrasse ... encore.
(seancesdecritures)
Le parapluie rouge par Marie S.
17/10/2009
C'était une journée d'été comme nous n'en avions pas eu beaucoup depuis le début du mois d'août , dans cette région peu gâtée en soleil qu'est la Normandie.
J'avais proposé à Lucas de partir le long de la côte pour nous promener et retrouver un peu de sérénité, mais à peine allions-nous démarrer la voiture que je remarquais un petit sac en toile grise, sali par la poussière, accroché à la porte du garage. Je m'étonnais : comment était-il arrivé ici ? et surtout, contenait-il quelque chose ?
Des lettres d'amour, un trésor oublié, des pièces de monnaie ou encore une petite paire de gants en dentelle comme j'en avais découvert récemment dans la maison familiale ? j'étais surprise et curieuse, je voulais, bien entendu, percer le mystère de ce petit sac en toile grise, Sali par la poussière et en même temps, des sentiments contradictoires de peur et de retenue m'empêchaient d'y aller voir de plus près et surtout, de l'ouvrir.
Lucas, fatigué par mon indécision chronique, presque maladive et très certainement exaspéré par l'aspect romantique de ma personnalité, trancha de façon un peu abrupte : il se dirigea vers le petit sac en toile grise, sali par la poussière, déboutonna l'unique fermoir sans ménagement et sourit en découvrant son contenu. Rien de romantique, rien d'ancestral et quant à parler de trésor, j'avais rêvé mieux !
Le petit sac en toile grise, sali par la poussière contenait ... un parapluie rouge, tout ce qu'il y avait de plus moderne et d'automatique. La toile était d'un rouge un peu criard que je n'aimais guère et le manche fait d'une sorte d'acier dont les propriétés ergonomiques m'échappaient. Un ruban en tissu le maintenait fermé.
Je m'approchais de Lucas et saisis l'objet de toutes mes frustrations avec une pointe d'agacement. Je le tournais et le retournais afin de découvrir le moindre indice qui aurait pu me mettre sur la piste de son propriétaire, ou mieux, de son histoire. Si quelqu'un avait égaré son petit sac en toile grise, sali par la poussière, il fallait que je l'aide à le retrouver. Mais pourquoi ce petit sac en toile grise, sali par la poussière aurait-il été accroché à la porte de mon garage, dans ce cas ? Non, je pensais plutôt que l'on avait déposé cet objet avec l'idée précise en tête, que je le découvre et que j'en fasse quelque chose. Etait-ce un voisin qui cherchait à me faire passer un message dont lui seul connaissait le sens pour le moment ? ou encore la factrice du village qui aurait pu croire que ce sac m'appartenait si elle l'avait trouvé dans les environs ? et si Lucas, lui-même avait voulu me faire une blague de mauvais goût certes, et anticiper sur le temps orageux qui aurait pu se lever lors de notre promenade et qui avait déjà pointé le bout de son nez depuis trop longtemps dans notre couple ?
(seancesdecritures)
"Des hommes" de Laurent Mauvignier
17/10/2009
Nous avons adoré
Un livre tout à fait exceptionnel. Un engrenage d'une âpreté sans concession qui vous happe et qui vous entraîne au cœur de secrets trop longtemps enfouis. Une expérience, un enrichissement inouï. Je préfère en dire le moins possible pour préserver les impacts.
Jean-Christophe T.
Un livre à effet thérapeutique avec un style aux phrases coulantes, parfois sans verbe. Un véritable pansement !
Marie-Claude V.
Le mot de l'éditeur
Ils ont été appelés en Algérie au moment des "événements", en 1960. Deux ans plus tard, Bernard, Rabut, Février et d'autres sont rentrés en France. Ils se sont tus, ils ont vécu leurs vies. Mais parfois il suffit de presque rien, d'une journée d'anniversaire en hiver, d'un cadeau qui tient dans la poche, pour que, quarante ans après, le passé fasse irruption dans la vie de ceux qui ont cru pouvoir le nier.
Extraits
La première phrase
"Il était plus d'une heure moins le quart de l'après-midi, et il a été surpris que tous les regards ne lui tombent pas dessus, qu'on ne montre pas d'étonnement parce que lui aussi avait fait des efforts, qu'il portait une veste et un pantalon assortis, une chemise blanche et l'une de ces cravates en Skaï comme il s'en faisait il y a vingt ans et qu'on trouve encore dans les solderies."
Morceau choisi
"Les vieux ne parlent pas plus et restent muets - seules les bouches édentées vibrent et clapotent et crachouillent quelque chose, ou tremblent comme des doigts accrochés sur les cannes auxquelles ils se retiennent. Sinon le regard ne dit rien, rien, pas même l'étonnement. Pas même la colère, rien. Un calme, une résignation, rien, la patience, peut-être."
Des hommes de Laurent Mauvignier (Minuit)
(nosplumes)
"Le club des incorrigibles optimistes" de Jean-Michel Guenassia
31/10/2009
Nous avons aimé
Comment la vie d'un petit parisien , Michel Marini, lycéen à Henry 4 s'entremêle avec celles de divers réfugiés des pays de l'est qui se retrouvent dans un café à Denfert-Rochereau ? Passé et présent sont imbriqués tout comme des sujets comme la vie familiale, la scolarité, les idéologies, la guerre d'Algérie, la musique, le cinéma, la photographie ... C'est un roman foisonnant où les héros sont attachants. Le récit est bien construit et bien mené !
Marie-Noëlle N.
Toute une époque à la fois si proche et si lointaine, vue à travers la vie d'un jeune adolescent à Paris. Un livre passionnant qui se lit sans un instant de relâchement, écrit dans un style qui « coule ». les personnages sont très intéressants surtout les expatriés si divers. J'ai adoré !
Francine B.
La vie d'un adolescent est bouleversé par ses rencontres avec des hommes qui ont passé le rideau de fer. Les rencontres se font dans une arrière salle d'un café fréquenté par Sartre et Kessel. Au delà de ces histoires, des questions se posent : "pourquoi toutes ces utopies n'ont-elles pas amélioré la vie des autres ?" Le thème de la culpabilité est abordé. le communisme ne sera jamais jugé.
Christiane R.
Le mot de l'éditeur
Michel Marini avait douze ans en 1959. C'était l'époque du rock'n'roll et de la guerre d'Algérie. Lui, il était photographe amateur, lecteur compulsif et joueur de baby-foot au Balto de Denfert-Rochereau. Dans l'arrière-salle du bistrot, il a rencontré Igor, Léonid, Sacha, Imré et les autres. Ces hommes avaient passé le Rideau de Fer pour sauver leur peau. Ils avaient abandonné leurs amours, leur famille, trahi leurs idéaux, et tout ce qu'ils étaient. Ils s'étaient retrouvés à Paris dans ce club d'échecs d'arrière-salle que fréquentaient aussi Kessel et Sartre. Et ils étaient liés par un terrible secret que Michel finirait par découvrir. Cette rencontre bouleversa définitivement la vie du jeune garçon. Parce qu'ils étaient tous d'incorrigibles optimistes.
Portrait de génération, reconstitution minutieuse d'une époque, chronique douce-amère d'une adolescence : Jean-Michel Guenassia réussit un premier roman étonnant tant par l'ampleur du projet que par l'authenticité qui souffle sur ces pages.
Extraits
La première phrase
"Aujourd'hui, on enterre un écrivain."
Morceau choisi
"C'était un dimanche triste et maussade. Il tombait des cordes. Chacun était perdu dans ses pensées. Irmé lisait Jan et Gregorios l'article de Morvan Lebesque du Canard enchaîné. Ils n'aurait raté ces chroniques sous aucun prétexte. Igor et Leonid le trouvaient moraliste et préféraient les dessins du Hérisson. Tibor regardait tomber la pluie. Tomasz rêvait les yeux ouverts. Pavel n'en finissait pas de traduire et de modifier son livre sur la paix de Brest-Litovsk. "
Le club des incorrigibles optimistes de J-M. Guenassia (Albin Michel)
(nosplumes)
"Ce que je sais de Vera Candida" de Véronique Ovaldé
31/10/2009
Nous avons aimé !
Un tourbillon coloré, parfumé, exotique (un pays d'une Amérique du sud imaginaire),une valse à deux temps : rose, violette. Vera Candida est Monica Rose, ancêtre frêle, petite fille et arrière petite fille. Des maternités non désirées mais acceptées. Des hommes (un en particulier) toxiques et un autre qui va renverser le cour des choses, redonner du sens à tout ce qui s'est passé auparavant parce qu'il est amoureux dans la durée et pas seulement sur un coup de cœur.
Monique V.
Dans une Amérique du sud, un même destin pour 3 femmes d'une même génération qui donnent naissance à une fille. Fatalité ! Impossibilité de donner un père. La grand-mère Rose élève sa petite-fille Vera Candida, qui fuit l'ïle pour échapper à la malédiction. La deuxième partie du livre est plus intéressante notamment dans le rapport mère-fille.
Chantal L.
J'aime l'écriture imagée, précise. J'aime l'évocation qui est faite des sentiments suggérés. Cette communication intuitive que chaque femme essaie de transmettre : ces non-dits que l'on entend malgré tout à travers nous.
Nelly C.
Trois destins de femme émouvants, attachants. Un style sobre et précis aussi bien dans la description des lieux, des actions, des personnes. Il y a une grande sobriété de moyens. J'ai été sous le charme de ce roman : une très belle écriture !
Francine B.
Le mot de l'éditeur
Quelque part en Amérique du Sud, dans l'île de Vatapuna ou à Lahomeria, trois femmes d'une même lignée semblent prédestinées à connaître le même sort : mettre au monde une petite fille et être forcée de taire à jamais le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Ce sont des femmes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, des femmes téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Chacune à sa manière se bat pour faire honneur à ce qu'elles sont : des mères affranchies, bien décidées à se choisir ellesmêmes leur destin.
Dans cette fable éblouissante où le réalisme se mêle à la magie, on retrouve "tout" Véronique Ovaldé, son écriture enchantée, sa fantaisie et son goût pour le merveilleux. Ce que je sais de Vera Candida a l'envergure des histoires universelles.
Extraits
la première phrase
"Quand on lui apprend qu'elle va mourir dans six mois, Vera Candida abandonne tout pour retourner à Vatapuna."
Morceau choisi
"Itxaga avait tendance à tomber amoureux facilement, ça lui arrivait parfois quatre fois par jour, parfois plus; le fait qu'il y ait autant de belles filles dans cette ville lui causait de la souffrance et lui faisait aussi savourer la douceur du climat. Itxaga avait presque trente-cinq ans. Il avait pensé se connaître assez pour savoir qu'il était un célibataire patenté, que son coeur était une petite chose volage et emplumée, qu'il avait des tendances mélancoliques qui le poussaient à boire et à prendre des médicaments achetés au marché noir, et qu'il continuerait à faire son métier tant qu'il s'indignerait et que la Capa ne lui aurait pas réglé son compte."
Ce que je sais de Vera Candida de Véronique Ovaldé (L'Olivier)
(nosplumes)
"Trois femmes puissantes" de Marie Ndiaye
31/10/2009
Elles ont aimé ...
Une écriture surtout qui nous prend et nous tient comme on monte une mayonnaise et qui laisse des images et des sensations très fortes.
Céline S.
Malgré des lenteurs dans l'écriture (notamment dans le deuxième récit), le lecteur s'accroche, cherche à "pénétrer" les mystères de ces âmes féminines. Les liens qui raccrochent ces trois destins sont révélés particulièrement subtile.
Sophie G.
Elles n'ont pas aimé
Un livre prenant : trois destins liés. Le second récit (la femme « puissante ») m'a particulièrement intéressée. Fanta est surtout vue à travers le regard de son mari, Rudy, dont on suit le cheminement mental et les déplacements physiques de chez lui au travail puis chez une cliente, puis chez un sculpteur, puis à l'école de son fils, puis chez sa mère avant qu'il ne rentre chez lui. Prenant mais déplaisant, trop de sueurs, de mauvaises odeurs.
Marie-Noëlle N.
Le sujet : 3 femmes. Leur point commun : une force de caractère pour résister farouchement. Norah, avocate parisienne, refuse son aide à son père vieillissant qui l'a appelé afin de défendre son frère. La deuxième femme, elle s'oppose à toute vie commune avec Rudy après que celui-ci ait déçu toutes ses attentes. Khady, la troisième lutte contre sa condition se réfugiant dans le silence et s'enfermant dans l'espoir d'une évasion vers l'Europe. Autre point commun de ces trois nouvelles : le lieu d'action : l'Afrique.
L'auteur fait une étude très approfondie de chaque personnage. Elle les explore jusque dans le moindre recoin de leur âme et de leur corps, jusque dans leurs défaillances. Mais c'est aller trop loin dans les détail. La deuxième nouvelles gagnerait à être écourtée et axée davantage sur Fanta que sur Rudy, désespéré et aussi lâche que puéril. Le style est alambiqué, c'est trop recherché, étudié, ciselé. Les phrases commencées, n'en finissent plus pour finalement devenir de grands paragraphes. Le livre est trop immobile, lent.
Nelly C.
Le mot de l'éditeur
Trois récits, trois femmes qui disent non. Elles s'appellent Norah, Fanta, Khady Demba. Chacune se bat pour préserver sa dignité contre les humiliations que la vie lui inflige avec une obstination méthodique et incompréhensible. L'art de Marie NDiaye apparaît ici dans toute sa singularité et son mystère. La force de son écriture tient à son apparente douceur, aux lentes circonvolutions qui entraînent le lecteur sous le glacis d'une prose impeccable et raffinée, dans les méandres d'une conscience livrée à la pure violence des sentiments.
L'auteur
Marie Ndiaye est née à Pithiviers (Loiret) en 1967. Elle a étudié la linguistique à la Sorbonne avant d'être pensionnaire de la Villa Médicis à Rome. Elle a reçu le Prix Femina en 2001 pour son roman Rosie Carpe.
Extraits
La première phrase
"Et celui qui l'accueillit ou qui parut comme fortuitement sur le seuil de sa grande maison de béton, dans une intensité de lumière soudain si forte que son corps vêtu de clair paraissait la produire et la répandre lui-même, cet homme qui se tenait là, petit, alourdi, diffusant un éclat blanc comme une ampoule au néon, cet homme surgi au seuil de sa maison démesurée n'avait plus rien, se dit aussitôt Norah, de sa superbe, de sa stature, de sa jeunesse auparavant si mystérieusement constante qu'elle semblait impérissable."
Morceau choisi
" Elle portait une robe vert tilleul, sans manches, semée de petites fleurs jaunes assez semblables à celles qui jonchaient le seuil tombées du flamboyant, et des sandales plates du même vert doux.
Et elle remarqua, ébranlée, que les pieds de son père étaient chaussés de tongs en plastique, lui qui avait toujours mis un point d'honneur, lui semblait-il, à ne jamais se montrer qu'avec des souliers cirés, beiges ou blanc cassé.
Etait-ce parce que cet homme débraillé avait perdu toute légitimité pour porter sur elle un regard critique ou déçu ou sévère, ou parce que, forte de ses trente-huit ans, elle ne s'inquiétait plus avant toute chose du jugement provoqué par son apparence, elle se dit en tout cas qu'elle se serait sentie embarrassée, mortifiée de se présenter, quinze ans auparavant, suante et fatiguée devant son père dont le physique et l'allure n'étaient alors jamais affectés par le moindre signe de faiblesse ou de sensibilité à la canicule, tandis que cela lui était indifférent aujourd'hui et que, même, elle offrait à l'attention de son père, sans le détourner, un visage nu, luisant qu'elle n'avait pas pris la peine de poudrer dans le taxi, se disant, surprise : Comment ai-je pu accorder de l'importance à tout cela, se disant encore avec une gaieté un peu acide, un peu rancuneuse : Qu'il pense donc de moi ce qu'il veut, car elle se souvenait de remarques cruelles, offensantes, proférées avec désinvolture par cet homme supérieur lorsque adolescentes elle et sa soeur venaient le voir et qui toutes concernaient leur manque d'élégance ou l'absence de rouge sur leurs lèvres."
Trois femmes puissantes de Marie Ndiaye (Gallimard)
(nos plumes)
"Mauvaise fille" de Justine Lévy
10/10/2009
Le POUR par Anne-Lise S.
J'avais un apriori : c'est la fille de ... Méfiance, on va être dans le bobo-chic, le narcissisme tout puissant. Eh non ! C'est un très joli roman, plein de sensibilité, d'émotion. Au delà du cliché fille-mère (une jeune femme attend un enfant quand sa mère se meurt d'un cancer), c'est un récit mêlant différent styles. Parfois on est dans l'humour, parfois dans le pathétique, la naïveté, la tendresse. On est aussi dans une sorte de rituel : la passation de la vie qui s'effectue depuis Eve jusqu'à "moi" et qui nous lie irrémédiablement au delà du temps humain et de l'espace de nos vies.
Le CONTRE par Jean-François B.
Le livre traite du cancer vu notamment du côté des proches : une disparition prématurée qui ne permettra pas à une grand-mère de connaître sa petite fille. Intéressant mais plutôt plat, on hésite à décrocher !
Le mot de l'éditeur
Le troisième roman de Justine Lévy aurait pu s'appeler La Concordance des temps. Tandis que Louise va mettre au monde son premier enfant, Alice, sa mère, se meurt. Elle aurait pu choisir un autre titre encore : Une fille à l'endroit, une mère à l'envers. Quand Louise va annoncer la naissance prochaine de sa fille Angèle à sa mère, recluse dans une chambre d'hôpital, l'impossible Alice se montre catégorique et lui affirme qu'elle se trompe. Une petite fille ne peut pas être enceinte. Pour Alice, Louise n'a pas grandi. Elle est le fruit d'un amour de jeunesse qui n'aura pas duré mais dont le père de Louise lui-même ne s'est sans doute jamais consolé. Si Louise a grandi, Alice n'est plus aimée. Quand, après la disparition de sa mère, Louise retrouve son répertoire, elle comprend peu à peu qu'hormis les souvenirs indélébiles, ce carnet confus et sentimental est la seule chose qui va lui rester. À elle de recomposer la vie fracassée de cette femme au moment où elle doit envisager le présent et l'avenir de sa petite Angèle.
On reconnaîtra au fil des pages les personnages qui sont familiers aux centaines de milliers de lecteurs de Rien de grave. Louise, la narratrice, sa mère, Pablo, son amoureux, et ce père qui, même en décalage horaire, semble être toujours présent, prêt à tenter de réparer l'irréparable. Mauvaise fille, vraiment ? À son habitude, Justine Lévy ne s'est pas donné le beau rôle. Toujours sur le fil délicat de la tragi-comédie, elle impose un style, un univers et, dans une incorrection salutaire, confirme ici qu'elle est l'une des meilleures romancières d'aujourd'hui.
Extraits
La première phrase
"Elle croit que je suis sa mère."
Morceau choisi
"Martine, la maman de maman, je n'ose pas dire ma grand-mère, je la connais si peu, elle m'impressionne, elles ont la même voix, maman et elle, la même écriture, aussi, parfois je recevais des lettres, des cartes de voeux, des joyeux Noël, je mettais des jours à réaliser que ce n'était pas maman qui me les avait envoyées, et j'étais si déçue, Martine, donc, m'envoie des photos de maman."
Mauvaise fille de Justine Lévy (Stock)
(nos plumes)
"Les heures souterraines" de Delphine de Vigan
11/11/2009
Le POUR par Denise M.
Seule avec deux enfants, Mathilde se voit brusquement exclue du travail dans lequel elle excellait par "un connard en costume 3 pièces" qui ne jurait auparavant que par elle. En parallèle, Thibault, médecin urgentiste digère la détresse amoureuse dans les embouteillages. Un beau roman sur la solitude et la fatigue de vivre à cause d'une forme de harcèlement. Immense profondeur de l'écriture : superbe roman !
Le POUR par Véronique A.
« Le 20 mai votre vie va changer » : ainsi commence le dernier roman de D. De Vigan. L'écriture est sobre, légère, faite de petites touches, on attend l'espoir. Mais l'espoir se fait rare, s'éffiloche. Le doute est entré progressivement dans la vie des 2 personnages : Mathilde et Thibault. Ils glissent tous les 2 dans la tristesse, la solitude, sans s'en rendre compte tellement la pente est naturelle. Leurs destins se font écho, se croisent sans se mêler. «Les gens désespérés ne se rencontrent pas. Ou peut-être au cinéma. » Le verdict finalement est brutal de désespoir, sans appel. « Sa vie n'est rien d'autre que ça : une vue imprenable sur l'ampleur du désastre ».
Un très beau roman, une description très juste des sentiments, sans débordements dramatiques.
Le CONTRE par Jean-Christophe T.
Je n'ai pas apprécié ce démarquage d'un excellent roman d'Amélie Nothomb. Ce roman est l'objet d'une adulation de la presse qui me laisse perplexe.
Lui, médecin au SAM, en passe de rupture avec une jeune femme (juste réplique au cliché du macho insensible et méprisant) qui ne supporte pas qu'on lui dise "je t'aime" et ne s'intéresse qu'aux services sexuels qu'il peut lui fournir. Elle, directrice adjointe d'une très importante société, veuve avec trois enfants. Son métier est tout pour elle. Parce qu'elle a tenu tête, une seule fois, au PDG, personnage irascible et d'un autoritarisme atroce, elle va dégringoler une à une toutes les marches qu'elle a gravi par son mérite et sa persévérance. Elle est bientôt privée de toutes responsabilités, déconnectée du réseau et confinée dans un bureau qui jouxte les toilettes. Les deux personnages, perdus dans la foule d'une grande ville qui entretient l'anonymat dans un archipel de solitude se croiseront dans le métro ... sans se rencontrer.
On retrouve le schéma "stupeur et tremblement" mais sans le Japon et sans qu'on puisse s'expliquer que la jeune femme se laisse faire, ni que le patron excerce une telle hargne contre celle qu'il protégeait jusque là. Le tout se laisse lire parce qu'agréablement écrit mais rien qui convainque vraiment.
Le mot de l'éditeur
Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu'au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l'attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n'ait été dit, sans raison objective, Mathilde n'a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu'elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.
Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l'attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l'immense solitude qu'elle abrite.
Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d'eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s'arrête. Autour d'eux s'agite un monde privé de douceur.
Les heures souterraines est un roman sur la violence silencieuse. Au coeur d'une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l'on risque de se perdre sans aucun bruit.
Extraits
La première phrase
"La voix traverse le sommeil, oscille à la surface. la femme caresse les cartes retournées sur la table, elle répète plusieurs fois, sur ce ton de certitude : le 20 mai, votre vie va changer."
Morceau choisi
"Thibault est remonté dans sa voiture, le parfum de Lila flottait dans l'air, l'empreinte invisible lui arrachait la gorge. Il a rallumé son portable, deux nouvelles adresses l'attendaient. La suivante n'était pas très loin, il a tourné la clé de contact pour démarrer. Le manque l'a assailli aussitôt. Compact.
Dès qu'il est dans la voiture, le manque le défie. Au feu rouge il pense à elle, quand son pied appuie sur l'accélérateur il pense à elle, quand il change de vitesse il pense à elle."
Les heures souterraines de Delphine de Vigan (JC Lattès)
(nos plumes)
"La légende de nos pères" de Sorj Chalandon
29/10/2009
Le point de vue de Christiane R.
Histoire émouvante, on s'attache à cet homme et à son biographe. Peu à peu un malaise s'installe dans une atmosphère de huis clos.
de Nelly C.
Relations père-fils, père-fille : comment garder les mémoires du père ? L'un "manque" son père, l'autre sollicite trop les récits, qui rapidement relèvent de l'imagination. L'histoire est bien racontée, agréable à lire et en même temps riche d'épisodes de l'époque de l'occupation.
de Francine B.
Un très beau livre, très bien écrit. un sujet original : la biographie imaginaire d'un homme par un écrivain public. Le suspense s'installe progressivement, avec des non-dits, des hésitations, jusqu'au dénouement : très envoûtant !
de Monique V.
Quatre personnages en deux "couples".
> Une fille qui demande à un professionnel, biographe de métier, de rédiger, pour son anniversaire (86 ans) les mémoires de son père. Le père, Tiercelein Gliesquière, nom de résistant Beuzaboc.
> Le biographe qui n'écrit pas à la place des personnalités mais qui rédige les mémoires des autres.
> L'autre père, ancien cheminot, ancien résistant (Brumaire) décédé sans que son plus jeune fils, le biographe, n'ai pu recueillir ses souvenirs à leur source.
Le biographe a du mal à faire avec ce loupé, avec ce rendez-vous manqué. Alors qu'advient-il lorsque les souvenirs de l'un se téléscopent avce ceux de l'autre ? Qu'est ce qui va prendre le dessus ? La déontologie du métier (une position d'adulte) ou les états d'âme du fils ?
Le positionnement en face à face des deux couples "père-enfant" et cette bataille des héros de l'histoire m'ont tenue en haleine tout au long de cette histoire qui m'a littéralement sidére par le thème traité. L'écriture participe à la logique de ce récit : des phrases courtes, pas de fioritures. on va à l'essentiel : le dilemme dans lequel se débt le biographe. pour moi, c'est un très bon livre !
Le mot de l'éditeur
Après avoir été journaliste à la Voix du Nord, Marcel Frémaux est devenu biographe familial. " Toute vie mérite d'être racontée ", disent ses publicités, et c'est pour cela que ses clients se confient à lui. Il les écoute, met en forme leurs souvenirs, les rédige puis fait imprimer un livre destiné aux amis ou au cercle familial. Un matin, Lupuline Beuzaboc se présente au biographe. Tescelin, le père de Lupuline, ancien cheminot du Nord de la France, était un Résistant, un partisan de l'Armée des ombres. Dédaigneux des hommages, il n'a raconté sa bravoure qu'à sa fille. Alors, pour ses 85 ans, Lupuline veut offrir à son père les mémoires de son combat. Elle veut ramener son passé glorieux en pleine lumière. Le vieil homme est réticent. Embarrassé. En colère même de tout ce tapage. Et puis il accepte. Marcel Frémaux va s'atteler à cet ouvrage avec passion. Pierre Frémaux, son père, fut un Résistant. Comme le vieux Beuzaboc, un partisan de l'Armée des ombres, silencieux et dédaigneux des hommages. Mais son père n'a jamais rien raconté. Et il est mort, laissant son fils sans empreinte de lui. En écoutant Beuzaboc, c'est son père que le biographe veut entendre. En retraçant sa route, il espère enfin croiser son chemin. Mais rien ne se passe comme il le pensait. Et plus Beuzaboc raconte, plus le doute s'installe. C'est par une poignée de mains, que le biographe et le vieil homme avaient scellé leur pacte de mémoire. Ensemble, ils franchiront les portes de l'enfer.
L'auteur
Sorj Chalandon, 55 ans, a été journaliste à Libération. Il a couvert des événements comme la guerre du Liban, le Tchad, le drame de Bhopal, la Somalie, l'Afghanistan, la guerre Iran-Irak ou la guerre du Golfe, mais aussi les faits de notre quotidien. Ses reportages sur l'Irlande du Nord et le procès Klaus Barbie lui ont valu le prix Albert Londres en 1988. Il a publié Le petit Bonzi (2005), Une promesse (2006, Prix Médicis) et Mon Traître (2008).
Extraits
La première phrase
"A l'enterrement de mon père, il y avait neuf personnes et trois drapeaux."
Morceau choisi
"A mon frère, il a parlé du convoi du 27 avril 1944. Des six chiffres tatoués sur son avant bras gauche. Il a raconté son retour, seul. Les drapeaux fanés qui l'avaient assailli. Son réseau sans honneurs, sans hommages, sans rien. La guerre redevenue paix, les prisonniers errants, les soldats jetés aux civils par milliers. Les douleurs qui glacent, les bravoures qui ennuient, les désarrois qui agacent aussi. "
La légende de nos pères de Sorj Chalandon (Grasset)
(nosplumes)
"La délicatesse" de David Foenkinos
29/10/2009
Le coup de coeur de Josiane G.
Comme le titre, le roman est écrit avec délicatesse, une pointe d'humour, de la sensibilité. Comme des respirations, de petits interludes entrecoupent le récit, lui donnant de la poésie et de la fantaisie. Le sujet n'est pas original mais ce que ressent Nathalie, héroïne, est décrit avec justesse. On a plaisir à lire ce roman qui cependant ne me semble pas être un chef d'œuvre.
de Chantal L.
Un couple sans histoire, amoureux puis tout bascule ! Le mari meurt. Trois ans plus tard, sous une impulsion, Nathalie embrasse Markus, l'un de ses employés insignifiants. Ce baiser, Markus y attache beaucoup d'importance, il va se battre pour lui rendre. Comment Nathalie, une femme si belle peut-elle s'éprendre d'un tel homme ?
de Thérèse J.
Une écriture incisive, des phrases courtes, des mots précis. Le sujet est très bien exploité. Très bon roman !
Le mot de l'éditeur
Il passait par là, elle l'avait embrassé sans réfléchir. Maintenant, elle se demande si elle a bien fait. C'est l'histoire d'une femme qui va être surprise par un homme. Réellement surprise.
La première phrase
"Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l'adolescence sans heurt, respectant les passages piétons."
Morceau choisi
"Il se reprit : après tout, il avait le droit de dire ce qu'il ressentait. Ce n'était pas un crime que d'ouvrir son coeur. Alors oui, c'est vrai que tout était lourd avec elle, que son statut de veuve compliquait beaucoup de choses. Il songea qu'il aurait eu plus de chance de la séduire un jour si François n'était pas mort. En se tuant, il avait figé leur amour. Il les avait propulsés dans une éternité fixe. Comment ravir quoi que ce soit chez une femme dans ces conditions ? Une femme qui vit dans un monde arrêté ? Vraiment, c'était à se demander s'il n'avait pas fait exprès de se tuer, pour prolonger éternellement leur amour. Certains pensent bien que la passion a forcément une fin tragique."
La Délicatesse de David Foenkinos (Gallimard)
(nosplumes)
"Rêve d'envol" de Hayat El Yamani
25/08/2009
le coup de coeur de Chantal L.
Petit livre qui traite de plusieurs sujets. Tiré d'un fait réel, paroles terribles de la mère toute puissante "Ce n'est pas ton frère qui est mort, c'est toi ! Et tu prendras sa place dans cette école". Perte d'identité, inexistence du père menuisier. Le lien est pourtant là car son fils joue avec des chutes de bois, les sculpte. "Tout sert dans la vie, le jour vient où tout sert." La "re-naissance" de l'enfant viendra du travail du bois, après avoir été "lézard".
le mot de l'éditeur
Fable moderne inspirée d'une histoire vraie, ce livre poignant soulève des questions existentielles cruciales. Qu'est-ce qui fonde l'identité d'un être ? Ce qu'il pense être dans son for intérieur ou ce que lui dicte son entourage, y compris le plus aimant ? Dans quelle mesure peut-on se forger un destin ? Est-ce seulement pour les raisons matérielles affichées que l'on quitte sa famille et son pays ?
Extrait
« Ce n'est pas ton frère qui est mort, c'est toi ! Et tu prendras sa place dans cette école ! »
Cette phrase inouïe, prononcée par ma mère en pleine détresse, me fit l'effet d'une déflagration. Mon frère venait de mourir noyé, l'équilibre familial de voler en éclats, mais je n'avais pas le temps de m'attarder sur ma peine, il me fallait d'urgence endosser l'identité du disparu, pour ne pas laisser perdre sa solde de gendarme garantie à vie.
En quelques secondes, ma mère avait pensé la chose et me l'avait imposée, la ponctuant sans faillir d'un « c'est pour ton bien ! » Elle qui, d'habitude, se décrivait comme un être faible se révélait soudain dans sa toute-puissance, et moi, je n'ai rien su faire d'autre qu'obéir, donc partir, seul, encombré de deux vies tout en étant déclaré mort.
Parution le 19 août - Editions Anne Carrière
(nosplumes)
"L.A. Story" de James Frey
25/08/2009
le coup de coeur de Anne-Lise S.
Un vrai coup de cœur : un panorama brillant de la ville de L.A avec un foisonnement de personnages parfaitement mis en scène. C'est puissant, original ! Le style est en parfaite adéquation avec le sujet. On suit pendant quelques pages un personnage, on en rencontre un autre et ainsi de suite. C'est presque une étude sociologique d'une mégapole américaine. Ici se côtoient des acteurs, des mexicains en quête de l'Eldorado, des alcooliques, des paumés, de richissimes vieilles peaux acariâtre. Ils se frôlent s'effleurent comme dans le "salad bowl" américain ... Et quel style ! Brillant, sans affectation, abouti, talentueux.
... et de Monique V.
Intriguée depuis longtemps par tout ce que j'ai pu lire ou entendre concernant la ville de Los Angeles, j'ai trouvé cet ouvrage très intéressant. D'un côté l'auteur présente la ville, son histoire, ses caractéristiques : lieux mythiques (Beverly Hills, Hollywood, Staples Center), quartiers, catalogues de bizarreries diverses, guerre des gangs (qui sont nommés) et pittbulls (élevage, usage) etc. Déjà en soi, cette lecture est très éclairante ! Mais il y a aussi ceux qui habitent Los Angeles, qui espèrent ou tentent d'y vivre et d'y réussir avec plus ou moins de bonheur. Plutôt moins que plus d'ailleurs. On a envie, jusqu'à la dernière ligne de savoir ce qui va arriver à tous ces humains, têtes d'épingles parmi des millions d'autres.
le mot de l'éditeur
Intriguée depuis longtemps par tout ce que j'ai pu lire ou entendre concernant la ville de Los Angeles, j'ai trouvé cet ouvrage très intéressant. D'un côté l'auteur présente la ville, son histoire, ses caractéristiques : lieux mythiques (Beverly Hills, Hollywood, Staples Center), quartiers, catalogues de bizarreries diverses, guerre des gangs (qui sont nommés) et pittbulls (élevage, usage) etc. Déjà en soi, cette lecture est très éclairante ! Mais il y a aussi ceux qui habitent Los Angeles, qui espèrent ou tentent d'y vivre et d'y réussir avec plus ou moins de bonheur. Plutôt moins que plus d'ailleurs. On a envie, jusqu'à la dernière ligne de savoir ce qui va arriver à tous ces humains, têtes d'épingles parmi des millions d'autres.
Parution le 19 août 2009 - édition Flammarion
(nosplumes)
L'été, sur la côte ... par Véronique A.
13/08/2009
Un livre émouvant, paru l'an passé : "Les Déferlantes" de Claudie Gallay
Cinquième roman d'une institutrice du sud, "Les Déferlantes" sont le résultat du coup de coeur de Claudie Gallay pour le Nord, La Hague. Le roman ne quitte pas le petit port de pêche d'Oderville sur lequel brille, au gré des humeurs des hommes, le phare de Goury.
L'écriture est sobre à l'extrême. Des phrases courtes, certaines un peu plus longues. Le rythme du style est celui du mouvement des marées. Lent, puis plus brutal, parfois suspendu : c'est le moment de l'étale, celui où plus rien ne bouge, la mer ne monte plus, elle ne descend pas encore. Au fur et à mesure que parle la narratrice, jeune ornithologue échouée sur cette terre, on fusionne avec le paysage, avec ce bout du monde.
"J'ai eu envie d'écrire sur cette terre. Ce livre, je l'ai imaginé en marchant le long des falaises. Le soir, je transcrivais tout cela sur un cahier à spirales, face à la fenêtre donnant sur le phare de Goury." Les "Déferlantes" ce sont "toutes ces vagues qui vous emportent, qui vous cognent, comme dans la vie".
L'histoire
L'âme de Prévert rôde sur cette terre isolée : la source de ce roman est un poème de Prévert sur l'histoire d'un gardien de phare qui aimait trop les oiseaux... alors parfois...il choisit de l'éteindre. Mais, chut, il ne faut pas en dire plus. Découvrez doucement les secrets de chacun, les blessures enfouies, adoucies par la mer.
L'apaisement que la jeune femme trouve en ce lieu, les questions du passé auxquelles Lambert va essayer de trouver des réponses, la présence qui semble éternelle de Nan, Théo, et les autres au café de Lili. Et les fantômes : le petit Michel de l'orphelinat, les parents et le frère de Lambert disparus dans un naufrage au large de cette côte.
"Je mets sans doute le doigt sur tous ces non-dits qui plombent nos vies, sur nos silences qui pèsent lourd."
(dernieresenvolees)
"Bleu de rose" de Marie Chartres
13/08/2009
Véronique A. vous invite à découvrir ... "Bleu de rose" de Marie Chartres
(Ecole des loisirs - mars 2009)
Premier Roman, récit d'enfant, poésie de la vie ...
Rose lutte, divague, la fille bizarre s'égare entre larmes et apaisement.
Elle attend, depuis longtemps.
C'est long la nuit.
"Avec mon frère, je fais les yeux doux aux craques. C'est comme inventer des voyages, des destinations jusqu'au soleil en passant par la lune lorsqu'elle est parfaitement ronde et rousse. (...) On est deux, moi et Nathan. Alors je ne comprends pas pourquoi il ne veut plus partir avec moi.
Elle accepte impuissante la maladie de Nathan qui avance dans son corps, petit à petit. Elle survit avec le courage de la grand-mère, avec la force de ses nouveaux amis : Iris, et son frère Zeus.
C'est une histoire de rien, de la vie, de son absurdité, elle donne et reprend si vite. Mais la poésie porte l'espoir, un mot tabou, interdit qui s'infiltre quand même peu à peu dans le récit.
Pour l'auteur de ce premier roman, le livre est un refuge, "Bleu de Rose" en est une douce illustration...
A suivre : L'auteur travaille à la médiathèque de Chateaubriant (44) et publie de très beaux textes sur son blog : mariechartres.over-blog.com
(dernieresenvolees)
"Histoire de mes assassins" de Tarun J. Tejpal
04/08/2009
Jean-Christophe T. vous invite à découvrir la littérature indienne
Objet insolite, difficile à identifier, la nouvelle Inde occidentalisée à outrance et en proie à toutes les modes à toutes les corruptions. Une cour des miracles et toutes le cruautés, toutes les formes traitées au marteau, au tournevis et au couteau. Un scénario génial. Une réalisation moyenne, aseptisée.
Le mot de l'éditeur :
Delhi, de nos jours. Le narrateur, un journaliste très renommé, apprend par un flash d'information qu'il vient d'échapper de justesse à une tentative d'assassinat. S'agit-il d'un complot fomenté contre lui suite à ses révélations de corruption au sein du gouvernement indien ?C'est au tribunal, escorté par une escouade de policiers et une équipe de juristes, que cet homme, qui ne connait rien de ses assassins, va peu à peu découvrir leur vrai visage... Tout oppose les existences de ces criminels venus des entrailles de l'Inde rurale prêts à frapper pour quelques roupies, à celle du journaliste qu'ils doivent éliminer.
Des avenues de Delhi aux petites bourgades du nord du pays, on découvre les trajectoires violentes de Chaku (le tueur au couteau), Kabir (l'héritier musulman de la Partition sanglante de 1947), Kaliya et Chini qui vivent et volent dans la gare depuis l'enfance, sans compter Hathoda Tyagi (connu pour réduire la cervelle de ses victimes à coup de marteau). Ces cinq assassins, nés dans la cruauté et l'environnement innommable des masses indiennes, marqués par leur orgine ont tous en commun d'avoir perdu trop tôt l'âge d'or de leur innocence...
En redonnant une dignité et une identité à ces cinq anonymes perdus dans l'immensité de la population indienne, TT les érige en martyrs devenus les symboles des grandes failles de l'Inde moderne. Il dénonce ainsi le système des castes, les conflits religieux persistants, la corruption et la misère...
Parution prévue le 3 septembre 2009 - Edition Buchet-Chastel
(nosplumes)
"Retour à la ligne" de Julie Jézéquel
25/08/2009
Le coup de coeur de Josiane G.
Femme de son époque avec ses craintes, ses envies, ses fantasmes, le décor et le scénario sont plantés. Au-delà d'une intrigue originale, se posent des questions comme : comment influencer le cours de notre vie ou comment accepter le quotidien ? Tout cela raconté avec humour, dans un style vivant et actuel. Ce livre est un vrai régal. On reconnaît un talent de scénariste derrière la plume de l'auteur.
... et de Sophie G.
Clara, scénariste "au placard", s'improvise biographe. Son premier client lui demande de lui inventer une vie. On se plait à suivre le cheminement de cette jeune femme qui, par ailleurs, élève seule son fils de 15 ans, et à essayer de comprendre les motivations de cet homme. L'écriture est simple, les personnages attachants, un livre de bonne compagnie.
... et de Marie-Claude V.
S'inventer une vie, n'est ce pas ce qu'on tente de faire chaque jour. Mais aller jusqu'au bout de ce rêve, je n'aurai jamais osé l'imaginer.
Le mot de l'éditeur :
Clara Tallane, scénariste de télévision reconnue et appréciée, est bannie du milieu audiovisuel après avoir retourné un bureau sur les genoux d'une conseillère de programmes. Ce crime de lèse-majesté lui vaut une longue traversée du désert. Pour continuer à assumer confortablement l'éducation de son fils de quinze ans qu'elle élève seule, elle décide de proposer, par le biais d'Internet, ses services de nègre. Son premier client, directeur d'une fabrique d'outillage industriel, lui demande de lui inventer une vie. Pourquoi ? Pour qui ? Et de quelle vie peut bien rêver cet homme froid et taciturne, à mille lieues des fantasmes de Clara ?
Parution prévue le 27 août 2009 - Editions Table Ronde
(nosplumes)
"Lait noir" de Shafak Elif
04/08/2009
Le coup de coeur de Sophie G.
Un très long discours sur la face "sombre" de la maternité, la difficulté de vouloir un enfant au détriment d'une carrière, la dépression post-partum. Un dialogue avec des voix intérieures. Intéressant, une jolie écriture.
Le mot de l'éditeur :
"Sept semaines se sont écoulées depuis son accouchement. La femme désire être une magnifique maman, d'une perfection telle qu'on ne saurait en rêver. La magnifique maman d'une perfection surpassant tout ce qu'on peut imaginer allaite à la perfection change les couches à la perfection fait faire son rot à bébé à la perfection lui donne à la perfection trois gouttes d'eau citronnée à la petite cuiller lui fait passer le hoquet à la perfection se lève à la perfection la nuit dès que bébé pleure se réveille à la perfection le matin nettoie les renvois de bébé à la perfection sourit à son mari affronte la vie maintient le cap à la perfection. Or, la vérité est tout autre."
Dans la vraie vie, elle accumule les erreurs et les maladresses. Elle s'est tellement conditionnée à réussir que dès quelque chose va de travers, rien ne va plus. Elle est accablée de honte du matin au soir, ignorant qu'avoir constamment l'excuse à la bouche peut devenir une addiction. Et à répéter "excusez-moi" à tout bout de champ, le nombre de fautes ne fait qu'augmenter. En bref, elle est en pleine dépression postnatale.
Elif Shafak, qui a souhaité écrire ce livre pour faire "un grand ménage de printemps" dans sa mémoire, raconte le "comment" de cet état, ainsi que les sorties des puits et des tunnels. Chaque labyrinthe, si complexe et si enchevêtré qu'il soit, a toujours une issue. En proposant ce témoignage sur une saison éphémère, la période intermédiaire qui suit l'accouchement, l'écrivaine ne tombe jamais dans les pièges du pathos. C'est enlevé, enjoué même, et plein d'espoir. Son "Lait noir" crie de vérité.
Parution prévue le 27 août 2009 - Editions Phébus
(nosplumes)
"La dure loi du Karma" de Mo Yan
04/08/2009
Le coup de coeur de Micheline S
La réforme agraire et le système des communes populaires (sujet ardu et complexe) expliqué via la vie quotidienne d'une famille observée par l'ancien maître réincarné en animal. Il ya de quoi surprendre ! Un livre original et plaisant. la traduction est soignée quant à la richesse du vocabulaire et des annotations.
Le mot de l'éditeur :
Ximen Nao, jeune propriétaire foncier dynamique et bon, est fusillé le 1er janvier 1950, peu après le triomphe de Mao Zedong. Selon la loi du karma, il est condamné, pour ses fautes, à être réincarné en animal. Très mécontent de sa fin brutale et plus encore de ce verdict injuste, Ximen Nao obtient du roi des enfers de renaître chez lui. Il sera âne, bœuf, cochon, chien, enfin singe, revenant sans cesse sur ses propres traces et auprès de ses descendants. Témoin et acteur décalé, comique et déguisé, il suit cinquante ans durant, de la « libération » maoïste à l'époque marchande actuelle en passant par la Révolution culturelle, le destin de ce qui fut la propriété Ximen dans le village de Ximen, près de Gaomi, au pays de Mo Yan. Lequel s'est mis en scène aux côtés de son héros : dans le village sévit un petit garçon bavard, perspicace et fouineur, qui devient journaliste puis écrivain et que les narrateurs se plaisent à citer... et à brocarder !La succession des nombreux narrateurs, les animaux, Ximen, ses enfants et petits-enfants, structure ce roman. Entre eux maints apartés et commentaires divers. Cette construction complexe et jubilatoire est un tribut à l'existence intense et dérisoire d'une communauté de paysans pauvres, un exposé original du destin de la Chine rurale. On retrouve les qualités prodigieuses de l'écriture de Mo Yan, une puissance d'expression inégalée pétrie de culture classique et de slogans révolutionnaires.
A paraître le 20 août 2009 - Editions Seuil
(nosplumes)
"Les autres c'est rien que des sales types" de Jacques André Bertrand
25/08/2009
Le coup de coeur de Sophie G.
L'auteur croque avec beaucoup d'intelligence et d'humour les personnages qui nous entourent : le voisin, le médecin, le psychorigide ... Une critique riche de références culturelles. Un très agréable moment !
... et de Marie-Claude V.
En marchant : un moment de détente dans un monde de brute. Ce livre est à lire pour se distraire. Un coup de déprime, on prend le livre ... et on oublie tout. Facile à lire
chant lire cet opuscule, vous regarderez les passants avec un grand éclat de rire.
... et de Jacqueline B.
Un moment de détente dans un monde de brute. Ce livre est à lire pour se distraire. Un coup de déprime, on prend le livre ... et on oublie tout. Facile à lire.
Le mot de l'éditeur :
Après "J'aime pas les autres" (prix Georges-Brassens), et "Les Sales Bêtes" (prix 30 millions d'amis), Jacques A. Bertrand dresse un catalogue de ces êtres détestables que l'on reconnaît aisément en société car ils nous gâchent la vie. Catalogue accablant, à défaut d'être exhaustif. Vous y rencontrerez le Touriste (insupportable), le Parisien (odieux), le Provincial (qui ne l'est pas moins), le Voisin (ah ! le Voisin !), l'Imbécile Heureux (malheur !), le Médecin (à fuir), le Malade (il est partout), le Jeune (il prolifère). Et vous découvrirez même l'Agélaste qui, comme chacun sait, est celui qui ne rit jamais. Brillantes, ciselées, ces chroniques de Jacques A. Bertrand - qui ont déjà fait le bonheur des auditeurs des « Papous dans la tête », sur France Culture - raviront tous les amoureux du bel esprit.
Parution prévue le 20 août 2009 - Editions Julliard
(nosplumes)
Avec des si, que seriez-vous ? Où iriez-vous ? Que feriez-vous ?
04/08/2009
Par Véronique A.
Si j'étais un oeuf, j'attendrais avec impatience que ma coquille se fendille, pour voir derrière, au delà, quel univers frémit.
Si j'étais un bébé, je partirais découvrir les bruits qui m'entourent.
Si j'étais le monde, je m'approcherais des étoiles pour mieux les voir.
Si j'étais un verre, je serais le verre à moitié vide qui garde les traces des lèvres qui m'ont éffleuré, le lendemain de cette soirée.
Si j'étais la télévision, je mettrais des couleurs sur le monde.
Si j'étais un sac à main, je garderais précieusement tous les petits riens, les petits secrets que tu m'as confié, jalouseument, à l'abri du monde.
(seancesdecritures)
Incipit, "Le libraire" de Régis de Sa Moreira : la suite par Céline S.
04/08/2009
Incipit du livre "Le libraire" - Régis de Sa Moreira (1973 -)
Grand Format édition Au diable Vauvert - Poche édition Livre de poche
"A des miliers de kilomètres de l'endroit où vous vous trouvez, dans un pays, une ville, une librairie parmi tant d'autres, un libraire ouvrit les yeux. Il venait d'entendre le poudoupoudoupoudou de la porte d'entrée de sa librairie. Il rangea un peu son bureau, puis il attendit."
La suite par Céline S. :
"Désert, désert de sable - du sable à perte d'horizon. Pays de nul part et cette librairie. Bicoque qu'il a planté là, le libraire, avec une petite clochette qui fait poudoupoudoupoudou au dessus de la porte qui est à peine une porte tant elle ferme mal. Et, de qui se protéger, en plein désert de sable ?..
Mains sur son bureau, bien enfoncé dans son fauteuil à bascule, le libraire attendait. Il avait bien entendu "poudoupoudou" mais du bureau, il ne voyait pas la porte..., car il avait tourné son bureau vers la fenêtre (un bureau, pourquoi un bureau en plein désert ? Il n'en faisait rien). "Alors, c'est qui ?" Il finit par tourner la tête et, dans un premier temps, il ne vit rien. Rien que du sable au delà de la porte, les dunes et le ciel qui rejoignait les dunes et puis ... et puis, oui, il vit quelque chose comme une silhouette..., un corps évanescent qui prit forme et prit parole aussi et prononça sans accent avec une prononciation des plus distinguée : " Bonjour monsieur. Je me promenais dans le désert lorsque j'ai vu cette librairie. Quel bonheur me suis-je dit, je vais enfin pouvoir acheter ce livre pour lequel j'ai parcouru tant de kilomètres. J'ai soif de livres monsieur ! En plein désert, je bois des livres. Quelle chance ! Cette librairie monsieur ! Qu'avez-vous à me proposer ? "
(seancesdecritures)
"Mon père est femme de ménage" de Saphia Azzeddine
25/08/2009
Le coup de coeur de Marie-Françoise L.
A 14 ans, Paul s'habille de mots pour vivre sa vie d'adolescent au sein de sa famille, dans sa banlieue. Maux de son âge guéris par des mots ! Quels mots ! Mots douceur, mots acerbes, mots pour s'évader, se démarquer, pour dire son mal être, sa réalité, ses envies. Ce livre est une bouffée d'oxygène au milieu de la description noire de la jeunesse des banlieues proposée par les médias en recherche de sensationnel !!
... et de Céline S.
Un style, une écriture. Beaucoup d'humour en filigrane et une grande tendresse entre cet ado de 14 ans qui cherche à se situer et son père.
Extrait proposé par l'éditeur :
« Mon père a refermé la bouche en mâchant dans le vide, il s'est redressé et a regardé sa montre. On était vendredi, je n'avais pas école le lendemain. Donc je pouvais l'aider. Embarrassé à l'idée de m'imposer sa vie, il trouve toujours un moyen d'alléger le truc. Là, il a dit :
- Bon alors mon Polo, tu viendé ou pas ce soir ?
Une petite faute de français rigolote pour soulager tout ça, un peu d'humour pour camoufler le désastre de la soirée. Une soirée qui est sa vie en fait. J'ai souri, ça détend mon père, et j'ai répondu comme à chaque fois :
- Je viendé, je viendé...
Je l'aime mon père, mais j'ai du mal à l'admirer. Souvent, quand je le regarde, il est à quatre pattes, alors forcément, ça manque un peu de hauteur tout ça... »
Parution prévue le 26 août 2009 - Editions Léo Scheer
(nosplumes)


Fnac.com